dimanche 29 mars 2015

L’école après Charlie : on a mis le doigt dans un engrenage pervers

C’est sans doute la première fois de ma carrière que je me sens inquiet, et peut-être même menacé, dans l’exercice de mon métier de professeur de philosophie. Par qui suis-je inquiété ?


Par Steve Balboa

Par des élèves, souvent présentés comme incultes et enfermés dans leurs préjugés ? Non, mes élèves sont ouverts à l’exercice de la pensée et du questionnement. Ils savent apprécier à sa juste valeur le travail qui est le mien, et qui consiste à les aider à exercer leur esprit critique, leur jugement rationnel, afin de combattre toute forme de croyance et de préjugé. 
Qui donc est alors responsable de ce « sentiment d’insécurité » qui m’empêche d’exercer sereinement mon métier ? Etrangement, il s’agit des personnes qui sont précisément chargées de rendre l’exercice de mon métier possible : le ministère de l’Education nationale, ainsi que les rectorats. 
Après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, notre ministère et ses administrateurs ont brutalement pris conscience du fait que l’école n’était peut-être pas qu’un outil de formation technique des futurs travailleurs, mais qu’elle pouvait aussi, éventuellement, jouer un rôle dans le développement de l’homme et du citoyen. 

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samedi 21 février 2015

«  Quand une société ne peut pas enseigner c’est que cette société ne peut pas s’enseigner, c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même.  »  ( Charles Péguy, écrivain, 1873-1914)

L'obéissance à ses parents : un acte éducatif et libératoire

Une éducation insidieuse et vicieuse est en cours, surtout dans les pays les plus matériellement développés. Si l’on ne dénonce pas cette perversion, cet entortillement du sens de l’éducation, alors l’humanité s’enfoncera, jusqu'à engendrer sa propre destruction en chantant le progrès.


Par Simon Magbenga

Il nous paraît nécessaire de le faire, ne serait-ce que pour soutenir ces parents qui, actuellement, doutent ou rejettent un tel système éducatif malsain au vu de ses conséquences graves dans la psychologie enfantine. Psychologie enfantine déroutée et désaxée qui entraîne l’enfant scolarisé à s’ingénier à des jeux de violence, d’irrespect et de tueries de ses propres camarades à l’école. Attitudes sociales de délinquance juvénile de toutes sortes (il faudrait un livre pour les exposer) qui induisent une psychose générale d’insécurité, permettant à ceux qui nous gouvernent de déployer une surveillance inefficace et exagérée, portant atteinte à la liberté du citoyen. 

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La mort de l’école publique est non seulement programmée mais menée de main ferme

" L’attitude de nos élèves est somme toute compréhensible : fils, frères de chômeurs, ils entendent chez eux que l’école est inutile. L’institution, l’établissement, ses “valeurs” et ses officiants sont d’un coup discrédités ", écrit Marion P., professeur de Lettres en Picardie


Par Vincent Ejarque

Sincèrement, je ne peux pas dire que j’ai une vocation de professeur. J’aime faire partager mes goûts à des élèves, mais je n’aime pas professer, c’est-à-dire me placer sur une estrade imaginaire et parler, conduire, en un mot dominer pour amener les élèves là où je l’entends. Je n’ai qu’un but : leur faire aimer les livres ou, beaucoup plus modestement, ne pas les dégoûter de la littérature. 

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mercredi 28 janvier 2015

La véritable éducation…

 par Krishnamurti

En réalité, nous avons pratiquement tous peur. Nos parents ont peur, nos éducateurs ont peur, les gouvernements et les religions ont peur que nous devenions un individu à part entière, car ils veulent tous que nous restions bien à l’abri au sein de la prison que sont les influences de l’environnement et de la culture. La quête de la vérité ne consiste pas à demeurer dans la prison, mais plutôt à comprendre la prison et à s’en échapper. Il est important que l’éducateur soit éduqué, au vrai sens du terme, autrement dit qu’il connaisse les mécanismes de son propre esprit et de son propre cœur, qu’il se voie tel qu’il est à travers le miroir de la relation. La connaissance de soi est le commencement de la sagesse. La connaissance de soi est l’univers tout entier ; elle embrasse toutes les luttes de l’humanité. 

L’envie, l’ambition, la croyance, l’imitation, sont des indices de peur. Tant que mes désirs coïncident avec les schémas établis, je suis un citoyen respectable. Mais dès que j’ai un désir entier et sortant de la norme, je deviens un danger ; la société veille donc à m’empêcher d’avoir un désir qui aille jusqu’au bout, un désir qui serait l’expression de mon être intégral. L’action d’être est entièrement différente de l’action de devenir. La société rejette la démarche d’être, révolutionnaire, et se préoccupe exclusivement de l’action de devenir, respectable. Mais tout désir qui s’exprime dans une démarche de devenir, qui est une forme d’ambition, reste inaccompli. Tôt ou tard, ce désir est contrarié, empêché, frustré.

 Ce qui crée en moi la peur, ce n’est pas l’inconnu, c’est le fait de m’agripper au connu. Or l’inconnu n’est pas accessible au connu. Si je suis capable de lâcher le connu, de ne pas laisser mes soucis m’accompagner jour après jour, d’heure en heure, d’instant en instant, je verrai que de cette liberté jaillit une vie extraordinaire. La vérité, c’est la vie, et la vie est impermanente. Trois repas par jour, des vêtements, un toit, une vie sexuelle, un travail, des distractions et mon processus de penser – tout ce processus bête et répétitif, ce n’est pas la vie. La vie est affaire de découverte. La fonction de l’éducation est, sans aucun doute, de nous aider à découvrir la vie à chaque instant. 

Pour comprendre les pressions de la tradition et leur résister, ce qu’il nous faut, ce n’est pas de la force, mais de la confiance – cette immense confiance qui nous vient lorsque nous savons réfléchir aux choses par nous-mêmes. Or notre éducation ne nous enseigne pas comment penser, mais quoi penser. Une éducation digne de ce nom a pour rôle de nous aider à penser par nous-mêmes, de sorte que notre propre réflexion soit pour nous la source d’une immense confiance.

 N’ayez aucun de ces idéaux de pureté, de chasteté, de fraternité, de non-violence, et j’en passe, car ils n’ont pas de sens. Ne vous efforcez pas d’être courageux, car ce n’est qu’une réaction à la peur. La peur est là tant que vous voulez être en sécurité – que ce soit dans votre mariage, dans votre travail, dans votre situation, dans vos responsabilités, dans vos idées, dans vos croyances, dans votre relation au monde. Dès l’instant où l’esprit est en quête de sécurité ou de gratification sous une forme quelconque, à un niveau quelconque, la peur est forcément là ; l’important est d’être conscient de ce processus et de le comprendre. L’esprit qui est vif, attentif, qui est libéré de la peur, est un esprit innocent, et seul l’esprit innocent peut comprendre la réalité. 

Extrait : Le Sens du bonheur, Stock.

lundi 15 décembre 2014

Ces fausses valeurs qui destructurent le tissu social...

L’intellectualité, les diplômes, l’argent. Voilà tout ce que promeut la société dans laquelle nous vivons. Le développement intellectuel engage dans la course aux diplômes, les diplômes ouvrent la porte à la lutte pour les meilleurs salaires. Fi des goûts naturels et des qualités humaines, tout le monde est un arriviste à sa manière. Tout est trivial, on est content de soi si l’on a la capacité d’être dans la course, on est insatisfait si l’on n’y parvient pas.

Dans la réalité du quotidien, cette échelle de valeur qui ignore la dignité intrinsèque à toute responsabilité humaine, finit par avoir des répercussions inquiétantes. Le travail manuel, les métiers du service, mal rémunérés, sont dépréciés à tel point que ceux qui les exercent méprisent souvent leurs tâches et tentent de les fuir par tous les moyens possibles. Observons quelques exemples concrets dans les écoles où les tout jeunes enfants sont accueillis.

Premier constat : pendant les récréations, qui accepte encore de surveiller les toilettes ? Personne. En maternelle, les petits de trois ans, ne sachant pas s’essuyer, renfilent leur culotte et restent malpropres jusqu’au soir. A l’heure de la sieste, ils pataugent pieds nus ou en chaussettes sur le sol souillé des toilettes. Qui couvre les enfants au dortoir une fois qu’ils sont couchés ? Le climatiseur réglé à fond fait l’affaire sans que quiconque ne songe à en changer régulièrement le filtre. Au lieu de créer une ambiance de calme pour favoriser l’endormissement, à quoi s’occupe-t-on ? A consulter son téléphone portable, à taper ses sms, à passer commande sur Internet. D’autre part, qui aère les pièces où l’on vit à trente toute la journée ? Qui veille à l’ordre et à la propreté des locaux, fait ramasser les papiers et suspendre les vestes aux porte-manteaux ? Plus personne.

Lorsque les soins aux petits sont coupés de la relation humaine dans laquelle ils s’inscrivent, ils perdent leur sens et sont indûment considérés comme dévalorisants. C’est un peu comme si l’on revenait à l’époque où l’on ignorait tout de l’importance de l’hygiène et de la propreté. Cela se fait sentir par des épidémies de gastro-entérite dès le mois de septembre, des grippes et des virus qui se développent jusqu’en mai, et des poux dont on ne sait plus comment se défaire et dont aucune classe, à aucun moment, n’est préservée.

Par ailleurs, la préparation d’une salle de classe avant l’arrivée des élèves, agissant sur l’ambiance et permettant aux enseignants une meilleure disponibilité, est perçue comme superflue. Les instits qui attendent des personnels de service, arrivés dans les locaux tôt le matin, qu’ils ouvrent les portes des classes, tirent les rideaux, allument l’éclairage, remettent en place tables et chaises, sont regardés comme des « assistés ». Bien sûr, les profs peuvent tout faire : ramasser les papiers, tirer les chasses d’eau, aérer les classes, ranger, nettoyer… et ils le font chaque fois que c’est nécessaire. Mais qui donc prépare et conduit la classe ? Peut-on tout faire en même temps et bien ? Enseigner vaut-il plus que de veiller à l’hygiène et au bien-être des enfants ? Les fausses valeurs intellectuelles et lucratives ont perverti les mentalités au point qu’il est convenable, par exemple, de demander à certains personnels de faire des photocopies mais pas d’étaler de la confiture sur des tartines pour préparer un goûter… le photocopieur semble avoir un rapport plus direct avec l’intellectualité valorisante que le pain du boulanger !

Tout cela n’est qu’illusion liée en grande partie à la somme d’argent que l’on gagne en grimpant sur la dite échelle sociale au fur et à mesure que l’on prouve que dans sa tête, il y en a beaucoup ! Ainsi, ce qu’on appelle l’école à double vitesse est combattu parce que l’on accorde moins d’importance à la filière professionnelle, qui ouvre pourtant à des métiers utiles et indispensables, qu’à la voie des longues études menant plus souvent à des impasses. L’intelligence concrète est-elle inférieure à l’intelligence abstraite ? L’agriculteur moins nécessaire que l’énarque ?

Et si l’on essayait de rémunérer tous les métiers à salaire égal ? Imaginons : l’agent d’entretien gagne autant que l’instit, l’instit gagne autant que l’inspecteur, l’inspecteur gagne autant que le recteur, le recteur que le ministre et le ministre autant que le Président de la République… Envierait-on encore la place des uns ou des autres ? Désirerions-nous faire autre chose que ce que nous aimons faire et qui correspond à nos réelles aptitudes et aspirations ? Nous ne chercherions plus à nous rendre important. La vraie satisfaction viendrait du fait de bien faire son travail dans le don de soi et l’attention portée à sa tâche et aux autres. On serait reconnu par ses compétences et ses qualités plutôt que par son compte en banque.

Au lieu d’exalter la dignité humaine, l’intellectualité finit par être avilissante. Elle nous fait croire que l’on se place au-dessus des contingences matérielles alors que l’on s’y enchaîne en se laissant envahir et déborder par elles. La course sur l’échelle des métiers nous place dans une compétition mortifère qui déstructure le tissu social. L’abandon des règles d’hygiène élémentaires nous ramène immanquablement aux maladies et aux épidémies. Quand l’éducation préservera la joie que procure au jeune enfant le fait d’être utile et de servir, le savoir et l’argent perdront leur attrait, et l’on choisira son métier en fonction de ses capacités et de ses aspirations. Les individus seront alors naturellement complémentaires dans une société unifiée.

Diane

Une enfance sous surveillance

Les dispositifs permettant de suivre ses enfants à la trace sont à la mode. Non sans poser de lourdes questions pédagogiques, éthiques et juridiques.


Par Lucie Soullier

Les parents balisent. Des applications permettaient déjà de scruter, depuis son téléphone portable, celui de ses enfants. Les objets physiques se multiplient désormais pour les suivre à la trace, sous la forme d’un innocent porte-clef ourson à géolocalisation, d’un manteau connecté lancé par Gemo ou d’un bracelet électronique. Comment ne pas faire le rapprochement avec le bracelet qui permet aux prisonniers de ne pas être enfermés derrière des barreaux ? Pucer un enfant permet-il de le sortir de l’emprise de parents devenus des geôliers surprotecteurs, comme le souligne Nadia Daam sur Slate ? En le laissant quelques mètres sans une main dans la sienne, mais avec un fil à la patte. 

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Un produit dangereux dans les foyers : la télé.

Un livre, nourri de centaines d’études scientifiques, décrit l’impact de la télé sur la société et sur les capacités intellectuelles.


Par Fabien Ginisty

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Affligeant. La télévision est un fléau, c’est scientifique ! Un chercheur en neurosciences a eu la bonne idée de compiler dans un livre les centaines d’études prouvant les effets toxiques du petit écran, mettant fin au mythe de « la télé, bouc émissaire ». 
A la lecture du livre de Michel Desmurget, « TV lobotomie », on se demande comment on peut laisser faire ça. Le constat est tellement accablant que l’on se demande un moment si l’auteur n’est pas de mauvaise foi. Mais au fil des pages, il faut se rendre à l’évidence : l’impact de la télévision est tellement nocif pour la société qu’on se demande pourquoi il n’existe pas un bandeau quand on appuie sur le bouton, du type « la télévision que vous venez d’allumer est dangereuse pour votre santé ». 

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