dimanche 16 mai 2021

«  C’est sur les conseils du démon que l’on inventa l’école. L’enfant aime la nature, on le parqua dans des salles closes. L’enfant aime voir son activité servir à quelque chose on fit en sorte qu’elle n’eut aucun but. Il aime bouger on l’oblige à se tenir immobile, il aime manier des objets, on le mit en contact avec des seules idées, il aime parler, on le contraignit au silence, il voudrait s’enthousiasmer, on invente les punitions. Alors les enfants apprirent ce qu’ils n’auraient jamais appris sans l’école, ils surent dissimuler, ils surent tricher, ils surent mentir.  »  ( Déclaration de A. S. Neill, pédagogue, 1883-1973, au rassemblement pour l’école nouvelle en 1921. )

samedi 15 mai 2021

LA LEÇON DE PROFESSEUR HIBOU - Paroles d'enfants : mise en pratique à la maison (3)

 


Les élèves qui connaissent « La leçon de Professeur Hibou » la transmettent rapidement dans leur famille et la mettent en application. Les enfants d’une classe maternelle  racontent.

 

-        A. : Maman est partie voir sa maman à l’hôpital. J’avais pleuré dans la voiture et j’avais écouté mon cœur. Mon cœur m’a dit de prendre soin des autres.

-      M. (très capricieuse avec sa mère) : mon cœur m’a dit d’écouter ma maman qui peut dire oui, qui peut dire non.

-       L. :   À la maison, Papa et Maman n’arrêtent pas de se disputer. Je leur dis d’écouter leur cœur.

-       N. : Mon cousin ne connaît pas  La leçon de Professeur Hibou, alors je lui explique.

-      L. : Quand papa me raconte l’histoire le soir, ça me fait écouter mon cœur et j’écoute Professeur Hibou.

samedi 1 mai 2021

LA FABRIQUE DE LA DÉSHUMANISATION : l'éd. nationale, "Science sans Conscience n'est que ruine...

Augmentation conséquente des violences en ligne en 2020

Favorisées par les confinements successifs, les cyber-violences visant les mineurs ont bondi de 57 % en 2020. C’est le chiffre rapporté par l’association e-Enfance, qui gère une plateforme d’écoute dédiée à ces phénomènes.


Par VERS LE HAUT (Think Tank dédié aux jeunes et à l’éducation)

1 enfant sur 10 déclare avoir déjà été victime de cyber-harcèlement. Les principales raisons de ces violences sont pour 39 % des cas la jalousie ou l’envie, pour 33 % le physique et pour 22 %, ce sont des « vengeances ».

68 % des parents s’accordent sur le fait qu’il serait important de mettre en place ou de renforcer les sanctions à l’égard des cyber-harceleurs, et 51 % pensent avoir besoin d’une formation pour adultes, afin d'être sensibilisés aux risques des réseaux sociaux et des différents usages du numérique.

> Lire l'enquête de e-Enfance

Publié dans la LETTRE DE VEILLE N° 109 du 9 février 2021


Ce dont j’avais besoin, c’était la présence de professeurs !

La fin de l’année scolaire est toujours aussi un adieu aux enseignants. Comment ont-ils agi dans leur quotidien scolaire ? Leurs réflexions personnelles et les témoignages des élèves révèlent les conditions décisives de la réussite dans la pratique.


Par Carl Bossard

«Que reste-t-il?», se demande un enseignant à la retraite. Depuis 40 ans, il a travaillé avec cœur et âme au sein de la même institution. Ce n’est plus une évidence aujourd’hui. Une fausse conformabilité et une adaptation tout-terrain n’étaient pas son truc. Quiconque le rencontrait ressentait une certaine sévérité, quelque chose d’exigeant.

Lorsqu’on l’a interrogé sur les sujets les plus importants de sa vie professionnelle au moment de l’adieu, il a déclaré, à la surprise générale: «Les insultes – les blessures involontaires que nous infligeons à nos élèves.» L’enseignant parlant ainsi, est conscient qu’il n’enseigne pas seulement les mathématiques ou l’allemand, il n’enseigne pas n’importe quelle matière. Non, il enseigne des adolescents. Et il sait une autre chose: devant les enfants et les adolescents se tient un être humain – avec toutes ses forces et ses faiblesses en même temps.

La question cruciale dans le quotidien scolaire

Dans la phrase inattendue, une attitude pédagogique de base transparaît. Elle a guidé le long travail de ce professeur : il a cherché à un enseignement ciblé d’empathie humaine ou à concilier l’engagement humaniste avec la résultante professionnelle. Il voulait laisser une impression durable, atteindre une «valeur ajoutée», mener à des expériences d’émerveillement. Et il l’a fait – avec des générations de jeunes gens qui ont fréquenté ses leçons. Le succès de son engagement n’avait qu’un seul motif : l’apprentissage de ses élèves. Mais il a ajouté de manière sibylline : « Aimerais-je aller à l’école dans ma classe ? » [...]


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jeudi 15 avril 2021

Les dérives de l’éducation « positive », signe d’un besoin de changement

Par Diane

Enseignante en maternelle depuis une quinzaine d’années, après avoir exercé en élémentaire, j’ai l’opportunité d’observer au quotidien l’impact sur les parents et les élèves d’un nouveau cadre éducatif issu essentiellement des neurosciences, de la psychologie positive(1) et de la communication non violente(2), appelé « éducation positive ».

Faisant suite à l’autoritarisme mutilant de l’éducation traditionnelle qui imposait sans délicatesse les règles de comportement, et suite au laxisme post 68 qui a fait de l’enfant-roi le tyran de ses parents, on a vu naître les principes de la parentalité positive. L’intention salutaire de ce nouveau courant est de donner la priorité à la qualité des relations instaurées dans la famille, à la prise en compte des désirs et des besoins de l’enfant et au cadre bienveillant.

Sur le terrain, j’ai vu évoluer de façon nettement positive les relations entre les parents et leurs enfants. Cependant, je constate que l’application sans discernement de certains principes nourrit plus l’égocentrisme et la dépendance qu’elle ne fait naître l’autonomie et la responsabilité. La confusion règne entre les besoins de l’être en développement et ses désirs chimériques, entre la dignité du jeune être humain et son illusion de toute- puissance, entre la conscience qui touche à l’Universel et la personnalité qui s’adapte au monde…

L’éducation « positive », tout comme la société dont elle est issue, ignore l’ouverture à la dimension intérieure, spirituelle(3), chez l’enfant, qui est pourtant fondamentale pour que celui-ci grandisse de façon équilibrée, avec toutes les composantes de son être. Mettre les désirs et les volontés de l’enfant au centre de toutes les attentions en négligeant les besoins de son âme conduit à de nouvelles dérives. [...]


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jeudi 1 avril 2021

«  Un état totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur une population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre parce qu’ils auraient l’amour de leur servitude. La leur faire aimer, telle est la tâche assignée dans les états totalitaires d’aujourd’hui aux rédacteurs en chef des journaux, aux maîtres d’école…  »  ( Aldous Huxley, journaliste et romancier, 1894-1963)

La souffrance indolore des adolescents de l’ère Covid

CHRONIQUE. Vivent-ils des heures sombres ? Les ados traversent ces temps-ci quelque chose, mais ne savent pas trop quoi. Et ni les responsables politiques, ni les adultes autour d’eux ne parviennent à leur tenir un discours encourageant et construit.


Par Mara Goyet (Essayiste)

« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? » Pourquoi pensé-je à ce vers de Victor Hugo ? C’est précisément le contraire que j’observe depuis les fenêtres de ma salle de classe. À regarder les élèves dans la cour de récréation, on se croirait un jour ordinaire d’une année comme les autres. Mais masquée. C’est une banalité : les enfants sont d’une vitalité sans pareille. Peut-on pour autant parler d’insouciance ?

C’est toujours dans les détails, les remarques incidentes que se révèle le fond de l’affaire. Depuis le début de la pandémie, à chaque événement, allocution ou restriction, une question revient chez les élèves de manière récurrente voire obsessionnelle : ce que nous vivons actuellement sera-t-il un jour étudié à l’école, figurera-t-il dans les manuels scolaires ?

Les jeunes adolescents traversent ces temps-ci quelque chose, mais ne savent pas trop ce qu’ils endurent. Ce n’est ni une guerre ni un séisme ; ils ne voient ni ruines ni cadavres. Cela ne ressemble à rien de ce qu’ils étudient en classe et pourtant cela semble sérieux. Ils éprouvent une souffrance le plus souvent indolore et, entre deux discours institutionnels consacrés à la menace virale ou terroriste, ils reprennent leur vie de collégien. De fait, l’impression de lassitude ou de tristesse qui les saisit est si diffuse et incertaine qu’elle aurait besoin, pour être identifiée, d’une autorité éclairée.

C’est là que le bât blesse. Ni les responsables politiques, la plupart du temps dépassés, pragmatiques ou en pleine contradiction, ni les adultes autour d’eux, qui pataugent dans le même marigot trouble, ne parviennent à tenir un discours cohérent, encourageant et construit à leur endroit. Vivent-ils des heures sombres ? Est-ce grave ou épisodique ? Quelle est leur place dans l’Histoire mondiale ?

Au nom d’une prétendue normalité que tout dément, mais considérée comme salvatrice, on promène ainsi des adolescents sur lesquels on ne veille que d’un œil, notamment parce qu’ils ne sont pas considérés comme vulnérables. Qu’ils aillent en classe, qu’ils fassent leurs devoirs et respectent les gestes barrières tient lieu de programme à leur intention. Ce qu’ils vivent ou en pensent ? Trop peu s’en soucient.

Faute de trouver les éclairages hic et nunc, les collégiens s’en remettent ainsi au jugement de l’Histoire, unique figure d’autorité à leurs yeux, capable de les aider. Elle seule semble à même d’estampiller le quotidien informe et confus qui est le leur, de lui donner un sens rétrospectif. En outre, un label historique serait une juste reconnaissance de ce que cette jeunesse traverse collectivement en solitaire.

Sans pesanteur excessive ni grandiloquence, on repère ainsi, dans cette référence permanente à l’histoire, une imperceptible angoisse eschatologique tapie sous l’effervescence enfantine : à la fin des fins, faute d’avoir pu vivre une vie de collégien normale, moment clé de notre roman d’apprentissage avec son lot traditionnel de jours ingrats et de souvenirs bancals à chérir ou bannir pour toute la vie, restera-t-il au moins quelque chose de cette période ? Il y a là comme un pari pour ses adolescents embarqués si jeunes dans un monde anxiogène : pile, tout sera oublié ; face : il en restera quelque chose. On mesure l’enjeu existentiel et personnel de l’affaire.
Où vont ces enfants qui tous continuent à rire ? Les collégiens attendent visiblement une réponse. Maintenant et de notre part si possible. 

Réf. La chronique de l’Obs du 21.01.21