mercredi 15 janvier 2020

LA LEÇON DE PROFESSEUR HIBOU - Témoignage d'un parent d'élève (26)

Par Christelle (maman de C., 6 ans)

Chloé est une petite fille très créative et très sensible. A priori, l’année précédente elle avait déjà entendu l’histoire de Professeur Hibou*, mais elle ne l’a jamais évoquée. Son entrée en Grande Section a changé les choses. L’enseignante a su faire vivre cette expérience aux enfants. Leur faire confiance pour qu’ils prennent les bonnes décisions. Et si au début nous étions sceptiques, au fil de l’année Chloé a réinvesti ce qu’elle vivait en classe à la maison. Tout le monde dans la famille connait l’histoire.

Son personnage préféré est Professeur Hibou... Au-delà du support qu’a pu être cette histoire, Chloé a pris confiance en son jugement et sans aucun doute cela contribue à ce qu’elle soit une petite fille épanouie. Cela contribue aussi à développer son empathie envers ses camarades et peut-être, le plus difficile pour tous, à apprendre et à reconnaître que ce n'est pas que la faute des autres.... Je suis certaine que ces apprentissages qui dépassent les apprentissages académiques sont les bases du vivre ensemble et je suis très contente que Chloé ait pu expérimenter tout ceci. Je reste néanmoins persuadée que cela dépend également de l’investissement, des qualités humaines, et des valeurs de l’enseignant. Je remercie la maîtresse pour cette ouverture à soi et aux autres qu’elle a su leur transmettre. 


 * "La leçon de Professeur Hibou" - les ateliers de la plume EDITIONS

mercredi 1 janvier 2020

«  Si notre éducation est l’accumulation constante du connu, alors notre esprit et notre cœur deviennent mécaniques et sont privés de cette immense vitalité de l’inconnu.  »  (Jiddu Krishnamurti, philosophe et éducateur, 1895-1986) 

L'esprit des temps et celui des Profondeurs

Par Carl Jung

"Si je parle dans l’esprit de ce temps, il me faut dire : Rien ni personne ne peut justifier ce qu’il me faut vous annoncer. Me justifier est superflu, car je n’ai pas le choix, il le faut. J’ai appris qu’outre l’esprit de ce temps, un autre esprit est à l’œuvre, celui qui règne sur les profondeurs de tout ce qui fait partie du présent. L’esprit de ce temps veut entendre parler d’utilité et de valeur. Je le pensais moi aussi et ce qui est humain en moi le pense encore. Mais cet autre esprit m’oblige néanmoins à parler, par-delà toute justification, toute utilité et tout sens.

Empli de fierté humaine et aveuglé par l’esprit présomptueux de ce temps, j’ai longtemps cherché à tenir cet autre esprit à distance. Mais je n’ai pas pris en compte que l’esprit des profondeurs fut de tout temps et sera pour tous les temps plus puissant que l’esprit de ce temps qui change au fil des générations.

L’esprit des profondeurs a soumis toute la fierté et tout l’orgueil du discernement. Il m’a ôté la foi en la science, il m’a privé de la joie d’expliquer et de classifier, et il a fait s’éteindre en moi l’enthousiasme pour les idéaux de ce temps. Il m’a contraint à descendre vers les choses ultimes et les plus simples.

L’esprit des profondeurs s’est emparé de mon entendement et de toutes mes connaissances, et les a mis au service de ce qui est inexplicable et qui va à l’encontre du sens. Il m’a privé de la parole et de l’écriture pour tout ce qui n’était pas au service de cette seule chose, cette fusion du sens et du contre-sens qui produit le sur-sens.

Mais le sur-sens est la voie, le chemin et le pont vers l’à-venir."

Extrait du Livre Rouge, C.G. Jung


Un sac à dos lourd ou une tablette tactile légère ?

Par Carl Bossard

Il est démodé de bûcher sur les devoirs. Certainement à juste titre. L’ancienne école où il ne fallait que travailler appartient au passé. Et pourtant aucune compétence ne se développe sans connaissances. Il n’y a pas de compréhension sans savoir. Même à l’époque de la numérisation.
Enfant, nous avions «des cartables bien remplis». C’est ainsi que nous félicita l’inspecteur scolaire du canton après l’examen final de la cinquième classe primaire. Nous étions suffisamment équipés pour continuer notre cheminement d’apprentissage et de vie. Il en était convaincu, ajouta-t-il en clignant de l’œil. L’enseignant sourit, et les parents étaient soulagés. Nous étions satisfaits; nous avions montré ce que nous savions: sûr en calcul mental, lire à voix haute, chanter une chanson apprise par cœur et quelques notions de géographie suisse. Puis, un peu d’histoire des héros historiques helvétiques, visualisé sur une frise chronologique. Nous nous étions entraînés, avions discutés certains sujets au préalable, et avions beaucoup appris par cœur. Un peu de show en faisait partie. Cela ne dérangeait personne. La vie connaît les références à la scène de théâtre.

Un sourire de lassitude pour le sac à dos démodé
La métaphore alpine du sac à dos pour se référer aux connaissances scolaires? L’image semble être ringarde. Elle provoque pour les spécialistes de la matière au maximum un léger sourire de lassitude. Une représentation pédagogique tirée du fond du placard. Quel intérêt trouve-t-on encore dans un cartable, son contenu, le savoir? Ce n’est qu’un encombrement empêchant d’avancer rapidement et à pas léger. Voilà pourquoi il faut abandonner toute charge inutile et lest superflu.
L’appel est omniprésent: grâce à la numérisation, on apprend plus facilement. L’apprentissage 4.0 n’a plus besoin de cartable ou de sac à dos. A l’époque d’Alexa et de Siri, le savoir est consultable en tout temps et de partout, les connaissances factuelles sont donc superflues. Tel est le message des grands groupes de la technique et leur mantra acharné. La numérisation révolutionne l’enseignement et modifie tout [...]


>> Lire la suite

Les 7 véritables privilèges du prof

Par Lucien Marboeuf

Les profs ? Des privilégiés, tout le monde le dira. C’est vrai, je suis le premier à reconnaitre que je suis un privilégié. Tout dépend de ce qu’on entend par "privilège"… Oubliez les clichés, voici sept vrais privilèges de prof que je regretterais beaucoup si j’arrêtais d’enseigner, sept avantages qui font la valeur de mon métier malgré ses difficultés (laissons-les de côté, pour une fois).

1 Un métier qui a du sens

Il faut lire ceux qui ont connu d’autres métiers, dans d’autres domaines, privé ou public, et qui enseignent aujourd’hui (voir ici les témoignages). Ce sont les mieux placés pour comparer, et tous disent la même chose : « avant, je ne me sentais pas utile », « j’avais l’impression de ne servir à rien, ou plutôt à personne », « je n’apportais rien à la société », « mais pourquoi je travaille 14h par jour pour que Microsoft ou EADS gagnent plus d’argent ? A qui ça sert concrètement ? ». Aujourd’hui ils enseignent et la question de l’utilité de ce qu’ils font ne se pose plus. Quand de nombreux travailleurs s’interrogent sur leur apport à la société des hommes plutôt qu’à une société anonyme, un prof sait pourquoi il est là, quel est le sens de sa mission, vers quoi tendent les différentes tâches qui sont les siennes. Tout métier à ses corvées, ses ennuis, ses contrariétés, ses moments gris ou creux ; c’est toujours mieux d’y faire face avec la certitude que ce qu’on fait est utile, a une réelle importance, contribue à l’humanité. Une humanité incarnée, sous nos yeux, sans intermédiaire : je sais chaque matin en entrant dans la classe pour qui, pour quoi je suis là [...]


>> Lire la suite

mardi 17 décembre 2019

LA LEÇON DE PROFESSEUR HIBOU - Témoignage d'une enseignante

Par Julie, professeur des écoles de cours préparatoire

Kylian est un élève brillant. A l’entrée au CP, il était déjà lecteur et se montrait très à l’aise dans l’ensemble des domaines d’apprentissage. Au premier récit de l’histoire de la leçon du Professeur Hibou, je l’ai pourtant senti peu réceptif.
Puis, au fil du travail sur le Professeur Hibou, j’ai essayé de l’interroger afin de savoir ce qu’évoquait pour lui ce récit, je lui demandais s’il arrivait à écouter son cœur, et lui me répondait systématiquement « non ! ». Jusqu’au jour où il m’a dit : « Mais maîtresse arrête, un cœur ça parle pas !! ».
Bien qu'il soit un élève brillant, la conscience du cœur ne lui est pas chose aisée !

dimanche 1 décembre 2019

«  Le plus grand danger réside dans notre ignorance : nous savons chercher les perles dans la coquille des huîtres et le charbon dans les entrailles de la terre, mais nous ignorons le germe spirituel caché en l’enfant quand il vient au monde pour rénover l’humanité.  »  ( Maria Montessori, médecin et pédagogue, 1870-1952)

La situation actuelle des écoles en Suède nécessite plus de personnel de sécurité

Horizons et débats. Le professeur Inger Enkvist publie régulièrement dans divers médias des articles sur la situation actuelle des écoles suédoises. Sa «chronique» parue dans «Svenska Dagbladet» contient un exemple expliquant pourquoi l’économie suédoise a toujours plus de difficultés à trouver du personnel qualifié et cela malgré de grands investissements dans le système scolaire et malgré la concurrence en public des politiciens pour trouver le meilleur type de réformes scolaires.


Par Inger Enkvist

Le 12 avril 2018, le quotidien «Dagens samhälle» a publié une édition sur le thème de l’école. La grande nouvelle réside dans le fait suivant: toujours plus d’école ont besoin de personnel de sécurité parce que la violence sévit. L’article énumère des écoles suédoises de toutes les parties du pays, dans lesquelles on ferme les portes à clé, on fixe des plaquettes d’identité sur les habits et on entoure la cour de récréation de murs, afin qu’aucune personnes étrangère ne puisse accéder à l’école. Etant donné que les problèmes concrets ne sont pas réglés par la société, l’école doit protéger son fonctionnement et ses locaux. L’investissement financier prévu est réservé aux installations mises en place et au personnel de surveillance. Si l’on considère la relation entre l’école et la violence, il faut distinguer deux aspects différents: l’un est celui qui vient d’être décrit, c’est-à-dire de tenter d’empêcher toute personne étrangère de pénétrer dans l’école, de la menacer ou de la dévaster.
L’autre aspect est la violence à l’intérieur de l’école, car à l’heure actuelle, elle applique un principe pédagogique – appelé «intégration» – qui entraîne des effets sérieux. La conséquence en est que le droit de chaque élève de fréquenter une classe ordinaire prime sur le droit des autres élèves d’obtenir un enseignement efficace. Petit à petit, on a aboli les classes spéciales et on a intégré des élèves présentant toutes sortes de problèmes dans des classes ordinaires sans tenir compte des conséquences [...]


>> Lire la suite