dimanche 11 septembre 2016

Témoignage d'un parent d'élève (8)

Par Luc (papa de Léonie, 5 ans)

Cela fera bientôt 2 ans que Professeur Hibou à intégré la famille. D’une simple histoire d’animaux et d’enfants, reliant Léonie à l’école, « La leçon de Professeur Hibou »* est devenue une méthode d’échange et de réflexion avec Léonie. Professeur Hibou, neutre par nature, donne des outils de réflexion et d’analyse à Léonie. Avec un cadre et une méthodologie originale, « je demande à mon cœur... », Léonie comprend mieux l’impact de ses actes sur son environnement, leur efficience par rapport à une situation, leur justesse et leur justification.

D’abord utilisé lors de bêtises, nous utilisons de plus en plus Professeur Hibou dans des situations variées et complexes pour Léonie : un chasseur est gentil ou méchant ? … le nid des frelons peut-il rester là ?... doit-on emmener mon petit frère au zoo alors qu’il dort tout le temps ?... etc

Léonie n’est pas toujours d’accord avec ce que lui dit son cœur mais a conscience qu’en étant en désaccord avec lui cela peut rendre triste quelqu’un ou la mettre en danger. La leçon de Professeur Hibou est un peu un gros chêne dans lequel grimpe Léonie. Elle prend appui sur des branches très différentes, pas toujours droites mais qu’elle choisit et lui permettent de s’élever… sous le regard de ses parents. 


* "La leçon de Professeur Hibou" - les ateliers de la plume EDITIONS

dimanche 4 septembre 2016

A propos de la volonté et de l’obéissance…

Par Maria Montessori

Les préoccupations majeures à propos de la formation du caractère sont celles qui concernent la volonté et l’obéissance ; généralement on vise à réfréner la volonté de l’enfant, en lui substituant la volonté de la maîtresse et en exigeant de lui l’obéissance. Ces questions sont très confuses et il faut les mettre au clair. Les études de biologie ont établi que la volonté de l’homme fait partie du pouvoir universel appelé Hormé, lequel n’est pas une force du monde physique mais une énergie cosmique de la vie sur le chemin de l’évolution. L’évolution a ses lois, elle est loin de se produire par hasard ou au petit bonheur. En tant qu’expression de cette force, la volonté de l’homme doit modeler son comportement ; elle devient partiellement consciente chez l’enfant aussitôt qu’il a une activité quelconque à mener à bien, donc seulement à travers l’expérience. En étant naturel, il obéit à la loi.

C’est une erreur de croire que les actions volontaires des enfants sont désordonnées et parfois violentes ; le désordre et la violence ne sont pas des expressions de la volonté de l’enfant, car elles ne relèvent pas du domaine de l’Hormé. C’est comme si nous prenions les contorsions de quelqu’un en pleine crise de convulsions pour des actes dictés par sa volonté. Si l’on considère que tous les mouvements désordonnés chez l’enfant ou chez l’homme sont le fait de la volonté, on a tout naturellement le sentiment qu’il faut freiner ou briser cette volonté pour le rendre obéissant.

Un grand éducateur a dit : « L’essence de l’éducation peut tenir dans un seul mot : obéissance. » La logique humaine voudrait nous faire croire qu’en rendant un enfant obéissant on peut lui enseigner toutes les vertus et conclusion obligatoire, il sera vertueux ! Mais d’après ces principes, il semblerait que le vice fondamental des enfants soit la « désobéissance » et le problème est loin d’être résolu.

Heureusement, le problème n’est pas insoluble ! La volonté de l’homme ne s’exprime ni par le désordre ni par la violence, qui sont la marque de souffrance, de violation ! Mais tandis qu’on brise la volonté en un instant, son développement requiert un long processus, parce qu’il est croissance et dépend de l’aide fournie par son environnement.

On peut comparer le long processus de développement de la volonté au filage d’un fil ; le fil de la volonté se développe par l’activité dans un champ d’action qui va toujours s’élargissant et devient ainsi de plus en plus solide. En associant ces activités à un but central, comme mettre le couvert ou servir à table, on peut diriger continuellement la volonté des enfants vers le même but ; il en résulte une société par cohésion des volontés plus qu’une société par cohésion des sympathies. L’affectif n’est pas le plus important ici mais c’est la volonté qui est la force de cohésion et comme tous désirent –ou veulent- la même chose, il en résulte une société au comportement calme, merveilleuse à regarder. Mais auparavant il faut que la volonté ait été développée en chaque enfant.


Source : « Éduquer le potentiel humain » Ed Desclée de Brouwer - 2016

Les enfants font une loi contre l'abus de surveillance

Les enfants ne veulent pas être surveillés. C'est le message des élèves de l'école Parmentier de Maisons-Alfort qui ont élaboré une proposition de loi dans ce sens, dans le cadre du Parlement des Enfants, ouvert aux CM 2.


Par Le Parisien

Elle a été choisie par un jury national. Ce lundi, Carla, Xavier, Noa, Max et leurs vingt camarades de classe vont recevoir leur prix lors de la visite de l'Assemblée nationale, guidés par leur député-maire Michel Herbillon (LR). « Cette année, dans le cadre des programmes d'instruction civique et morale, nous avons travaillé sur la Déclaration des droits de l'enfant de 1959 et la Convention des droits de l'enfant de 1989. » En classe, après des échanges sur ces textes, la confrontation de leurs expériences et le suivi de l'actualité, les 24 écoliers de CM 1/CM 2 ont pointé du doigt « le hiatus entre les droits reconnus et l'utilisation de plus en plus importante au sein des familles de dispositifs de surveillance et de traçage des enfants, souvent à leur insu et au mépris de la liberté de choix ».Afin de remédier à certains « abus », ces élèves ont élaboré une loi visant « à encadrer la géolocalisation, la surveillance et le traçage des enfants ». Ils demandent notamment aux éditeurs de logiciels, fournisseurs d'accès et autres prestataires informatiques ou téléphoniques de s'engager à s'assurer que l'accord de l'enfant soit recueilli préalablement à la mise en place du dispositif. Ce lundi, ils arriveront peut-être à faire entendre leur voix à l'Assemblée nationale.

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Rencontre avec les autistes

Je viens de passer trois semaines de remplacement dans une classe d’intégration scolaire avec des autistes, une éducatrice et une stagiaire en psycho. Ce fut une entière découverte qui provoqua un changement radical dans la façon de me vivre dans mon métier.

Quand je suis arrivée pour remplacer l’enseignante, tout le monde était affolé : « Sans formation, comment allez-vous faire ? Attendez, je vais vous expliquer les dernières découvertes scientifiques concernant l’autisme, autrement vous ne saurez pas vous occuper des enfants ! ». J’ai simplement demandé qu’on me laisse le temps d’observer et de découvrir librement. J’ai plongé dans l’inconnu, le cœur ouvert et l’esprit heureusement dégagé de tout a priori, puisque « sans formation » !

En premier lieu, j’ai constaté que les blocages et les crises de ces enfants étaient provoqués par le forcing que l’on exerce sur eux en voulant les rendre « comme tout le monde ». Pour ma part, j’ai agi intuitivement et j’ai tout de suite dérogé à certains formalismes sans aucune signification pour eux tel le rituel du calendrier-météo-graphique-de-la-température que l’on pratique en début de journée dans beaucoup d’écoles ! J’y ai substitué un temps de silence, assis tous ensemble en rond, les mains posées sur les genoux, ou d’écoute de musique douce et de berceuses. L’effet fut immédiat et spectaculaire : présence, sourires, recherche de contact physique, respiration consciente accompagnée d’un mouvement de la main et même, plus tard, paroles et manifestations de joie chez un gamin [...]


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lundi 15 août 2016

Cette histoire est vraiment extraordinaire

Par Marjorie (Auxiliaire de vie scolaire)

Au cours de l'année 2015 j'étais Auxiliaire de vie scolaire dans une classe de petite, moyenne et grande sections en maternelle.

Vers le milieu de l'année, la maîtresse a lu aux enfants une histoire qui s'intitule La leçon de Professeur Hibou (1) qui raconte comment deux enfants Mario et Maria, qui étaient méchants avec les animaux de la forêt, ont appris à devenir sages grâce à la leçon de Professeur Hibou qui dit qu'il faut écouter son cœur qui peut dire oui, qui peut dire non, mais toujours dit ce qu'on a à faire pour être sage et pour être bon.

Les élèves ont immédiatement été passionnés par l'histoire en s'identifiant aux différents personnages. Tout un travail s'est organisé autour de cette histoire, des travaux manuels etc. La maîtresse s'en est aussi servi pour faire travailler les enfants (apprentissages scolaires). De plus, une petite pièce de théâtre a été créée avec des marionnettes afin que les enfants jouent l'histoire devant une autre classe ; les enfants se sont vraiment approprié l'histoire. J'ai pu constater que cette histoire a eu un effet apaisant et très bénéfique pour la classe. Ainsi, les enfants nous racontaient chaque jour ce qu'ils avaient demandé à leur cœur et ce que celui-ci leur avait répondu. De plus, la maîtresse a remis à chaque élève un livret illustré de l'histoire, ce qui a permis aussi aux parents de connaître l'histoire. J'ai moi-même lu l'histoire à mon fils de 6 ans qui a été vraiment fasciné. Il a voulu que l'on mette la leçon du Professeur Hibou dans un cadre et très souvent, je me sers de cette morale pour le faire réfléchir sur son comportement ; et lui-même me confie ce que son cœur lui dit.

Cette histoire est vraiment extraordinaire pour les enfants, je pense qu’ils se rappelleront encore longtemps de la leçon de Professeur Hibou. 


(1) "La leçon de Professeur Hibou" - les ateliers de la plume EDITIONS

lundi 1 août 2016

«  Toute loi, prescription ou défense, édictée en vue du soi-disant intérêt de la masse au détriment des individus, est une duperie. Que l'individu se développe au contraire dans la plénitude de sa liberté, et la masse jouira d'un bonheur total fait de tous les bonheurs particuliers.  »  ( Jules Verne, écrivain français, 1828-1905)

Comment les enfants résolvent-ils les disputes ?

Les disputes à l’école sont le lot quotidien de certains enfants qui n’ont pas encore trouvé leur stabilité psychologique ni leurs repères dans le collectif. Il y a deux façons d’y réagir pour l’adulte référent : soit il coupe court et punit l’ « agresseur » apparent, soit il demande aux enfants concernés de trouver la solution par eux-mêmes. Voici des réponses obtenues en conseillant aux enfants de demander à leur cœur ce qu’il convient de faire dans chaque cas.


-        N. : Il faut s’écouter.
-        B. : Parfois, il faut se séparer.
-        L. : Il ne faut pas se dire des méchancetés.
-        M. : J’ai demandé pourquoi avec mes copines on se dispute tout le temps. Mon cœur a répondu : parce qu’on est vraiment trop excitées. A partir de ce moment, il faut vraiment se séparer. Quand on est calmé, on peut revenir.
-        I. : Quand on sent la pression, quand on va se disputer, on va vite courir quelque part ; on réfléchit ; quand on a vraiment pensé qu’on ne peut plus se disputer, on retourne voir les copines et on dit : « désolé ! »
-        V. : Il faut écouter le copain et ensuite il ne faut pas laisser tomber son copain s'il pleure.
-        J. : Mon cœur, il a dit que quand on parle, il faut se laisser la place.
-        R. : Quand on se dispute, on va s’asseoir et on demande à son cœur si c’est bien ou pas ; après si on se dispute encore, on va de nouveau s’asseoir et demander à son cœur…
-        M. : Quand je pense à ma petite sœur dans la journée, je suis complètement sage car je me dis que je suis la grande sœur, la grande sœur qui est sage, et du coup, je ne me dispute pas.
-        P. : Si quelqu’un fait pleurer une copine, mon cœur, il a trouvé un autre moyen : on peut se séparer ou on peut fermer les yeux là où on est et demander si oui ou non on doit se séparer. S’il dit oui, on se sépare, s’il dit non, on n’a pas besoin de le faire, on change de jeu.
-        L. : Avec mes copines, quand on se dispute, on trouve toujours une solution.
-        E. : Tous les trois, avec mes copains, on aime T. et on se la prête.
-        O. : Il y a des bêtes féroces qui me disaient de faire des bêtises ; j’ai écouté mon cœur et je ne l’ai pas fait.
-        R. : Ma fleur (celle visualisée dans le cœur), elle parle, elle m’a dit que si on est sage et qu’on ne fait pas de bêtises, quand on est grand, on fait pas de bagarre.

Il est intéressant de noter la complémentarité des réponses qui viennent spontanément aux enfants concernés par la même situation conflictuelle. Par exemple quand deux enfants se disputent un objet :

-        E. : Je ne dois pas prendre quelque chose à l’autre.
-        L. : Il ne faut pas me disputer pour ça.

Chacun s’étant remis en question de son côté, la relation peut alors immédiatement reprendre en étant complètement apaisée. Il est temps pour nous, adultes, de laisser tomber le vieux principe de la répression pour guider l’enfant vers la voix de son cœur.

Un amour de Descartes

En 1637, l’année de parution du "Discours de la Méthode", Descartes, transfiguré par la naissance de sa fille Francine, écrivit aussi un étrange traité intitulé "Explication des engins par l’aide desquels on peut, avec une petite force, lever un fardeau fort pesant ?" L’enfant qui soulève et allège.


Par Descartes

« Que n’ai-je ton âge ? Que ne puis-je me faire une âme d’enfant, que nos cœurs se fassent mieux écho ? Être à hauteur de tes secrets. Regarder le monde à ta clarté plutôt qu’à l’ombre de ma raison.
J’aurais voulu que tu m’aies donné la vie… C’est moi qui suis ton enfant, toi qui m’as délivré de la nuit de l’ignorance, enfant du vrai savoir. Ouvre-moi les chemins de tous les hasards, le ciel de tous les envols. Ton âge est celui de l’humanité. Je n’ai que quelques jours. […] Il n’est de vraie gloire que les jours insensés passés auprès de toi, ma tendre douce. Hors ça, quêtes d’orgueil, vains discours et mots de cendre. »

Réf. Descartes cité dans « Un amour de Descartes » de Jean-Luc Quoy-Bodin, éditions Gallimard