mercredi 15 novembre 2017

Témoignage d'élève du Togo (2)

Par Jessica (élève de CM2 à Lomé)

Le premier vendredi de la rentrée scolaire notre instituteur KODEGUI nous a lu un livre titré la leçon du Professeur Hibou (1). A midi, il m’a donné un exemplaire de ce livre car j’avais bien réagi au moment où il nous posait des questions de compréhension sur l’histoire. Arrivée à la maison le soir après le dîner, je l’ai montré et lu à mes parents […] Mon père a dit que c’est un bon livre […] Il a encore expliqué en disant : après chaque action de l’homme, en bien ou en mal, il se passe un dialogue intérieur ; d’aucuns ne savent d’où vient cette voix qui me dit si j’ai bien fait ou j’ai mal fait et nous dit aussi le pourquoi : c’est notre voix intérieure, celle du cœur dont on nous parle dans cet ouvrage.
J’ai ajouté sur les propos de papa en disant : parfois il m’arrive que je sois gênée si je laisse mes devoirs et je pars pour l’amusement : donc c’est le cœur qui me parle.


(1) "La leçon de Professeur Hibou" - les ateliers de la plume EDITIONS


mercredi 1 novembre 2017

«  Comment pouvons-nous parler de Démocratie ou de Liberté quand, dès le tout début de la vie, nous dressons l’enfant à subir la tyrannie, à obéir à un dictateur ? Comment pouvons-nous espérer la démocratie après avoir élevé des esclaves ? La liberté vraie commence au commencement de la vie, non au stade adulte.  »  ( Maria Montessori, médecin et pédagogue, 1870-1952)

"De plus en plus d’enfants souffrent de trop d’amour"

Par Serge Hefez

Aider son enfant à s'épanouir, c'est accepter qu'il ne soit pas toujours heureux ?

Exactement. Faisons le deuil de la perfection et cessons de culpabiliser. Il faut sortir de l’idée que notre rôle de parent est de lui éviter d’éprouver de l’angoisse, de la tristesse, de la dépression. Une vie sans angoisse, sans tristesse et sans dépression, cela n’existe pas, et nos enfants s’y trouveront inévitablement confrontés. Il faut les sécuriser afin qu’ils vivent ces moments-là de la meilleure façon qui soit, mais nous ne devons ni leur éviter les épreuves, ni combler leurs manques.

Est-ce qu’il faut alors considérer comme normal que son enfant soit triste ?

Bien entendu. Ces sentiments ne sont pas des maladies, arrêtons de craindre qu’il ne les attrape. Et Dieu sait que notre « société Prozac » a tendance à nous faire confondre la tristesse et le deuil avec la dépression. Il faut entendre la souffrance de l’enfant, en l’accompagnant, mais sans tenter de la vivre à sa place. Sinon, on en fera un adulte "insécure" qui ne se sentira pas bien à l’intérieur de lui-même. Cela risque de se manifester de deux façons opposées : soit il sera toujours en recherche de sécurité affective sans jamais la trouver, faute d’estime de soi ; soit il sera dans l’affirmation caricaturale de lui-même et cela se fera dans l’asservissement et le mépris de l’autre.

Dans les deux cas, il aura besoin des autres de façon addictive. Ce sont les mêmes mécanismes que l’on voit chez les enfants qui ont manqué d’amour. Trop ou pas assez empêche d’être en justesse avec soi-même.


Source

Paroles d'enfants : dans la cour de récréation



Avec « La leçon de Professeur Hibou » (1), les enfants apprennent à réagir autrement à leurs problèmes… Faits s’étant déroulés dans une école maternelle.

A la récréation M. et E. se disputent, E. pleure à gros sanglots… La maîtresse les sépare et leur dit de demander à leur cœur ce qu’elles doivent faire pour bien s’entendre. M. exprime d’abord qu’elle n’a pas de réponse, puis elle dit : « J’ai besoin qu’E. soit à côté de moi pour sentir. » La maîtresse demande à E. si elle veut bien aller à côté de M., elle accepte et M. a tout de suite une réponse : « Ça y est ! On peut faire les clowns ?! ». Elles repartent toutes les deux en riant.

C. vient dire à la maîtresse de surveillance : « R. n’arrête pas d’embêter N. et elle dit qu’elle ne veut pas écouter son cœur. » Après une intervention auprès de R., nous  entendons C. lui dire : « Écoute ton cœur ! ». Et la situation s’apaise.

Petit dialogue surpris entre deux enfants :

-        F. (à E.) : Toi, tu écoutes beaucoup ton cœur ! Est-ce que tu te disputes des fois avec tes copines ?
-        E. : Non.
-        F. : Moi, des fois, oui.

Aujourd’hui, G. a promis à son père qu’il allait écouter son cœur. Pendant la récréation, alors qu’on vient de dire à un de ses copains d’aller poser le vélo parce celui-ci rentrait volontairement dans la haie, G. demande à tous ses copains d’aller poser leur vélo – en commençant par lui – « comme ça, on continue de jouer tous ensemble ! » Bel exemple de solidarité spontanée…

(1) "La leçon de Professeur Hibou" - les ateliers de la plume EDITIONS

Éduquer pour obéir ou obéir pour s'éduquer à la vertu

Cyprien Coste

Nombreux sont les rapprochements possibles entre Spinoza et Hobbes, et un certain nombre d'auteurs ont déjà commenté les différences et les similitudes entre ces auteurs sur les questions politiques. Nous voudrions avant tout nous focaliser sur l'approche théorique de l'apprentissage des normes à propos des deux systèmes politiques. Cette question soulève un sérieux problème d'ordre anthropologique. Comment l'homme apprend à vivre en société ? Que peut et doit faire un État pour réguler les comportements des hommes tout en tenant compte de la nature humaine ? Ces questions concernent en premier lieu l'éducation tout autant que la philosophie politique : en effet, la théorie politique s'accompagne toujours d'une vision descriptive des relations sociales en même temps qu'elle prescrit certaines remèdes afin de former une société apaisée. On peut constater que la philosophie hobbesienne a précisément cet objectif quand il s'agit de fonder une science politique avec une certitude proche des mathématiques. Certes, à la différence de Spinoza qui évoque la doctrina de puerorum educatione, Hobbes ne mentionne pas « la science de l'éducation » en tant que discipline, au même titre que l'arithmétique, la géométrie ou l'optique. Cependant, il nous semble que Hobbes propose de manière implicite des outils pédagogiques lorsqu'il évoque l'importance de l'écrit pour instaurer des relations pacifiées entre les hommes et pour créer un État ex nihilo. Mais surtout, ces outils s'accompagnent d'un présupposé : celui de la prévisibilité ou de la lisibilité des actions humaines. Dans telle ou telle situation, que ce soit à l'état civil ou à l'état de nature, la nature humaine devient cause d'un certain nombre d'actions (dont les effets peuvent s'avérer néfastes ou vertueux). Ce raisonnement à caractère scientifique préconise à son tour l'usage scientifique de certains outils ou dispositifs pour réguler ces effets.

Or, c'est précisément cette lisibilité ou cette prévisibilité de la nature humaine qui nous semble remise en question chez Spinoza, avec des conséquences importantes sur la manière d'envisager le rapport des institutions à l'apprentissage. Nous sommes amenés à réfléchir sur la pertinence pédagogique des outils et des dispositifs mis en place pour former un corps politique. En effet, un individu singulier peut réagir de manière inattendue à l'imposition d'une norme sociale à travers l'éducation, de la même façon qu'un peuple d'une certaine complexion a besoin d'outils singuliers que la nécessité des circonstances appelle (comme le récit, la fable ou les aphorismes). Ces outils doivent répondre à son besoin de composer un corps politique. Le philosophe néerlandais s'efforce de montrer par exemple l'intérêt pédagogique des Écritures saintes.

L'enjeu pédagogique est donc politique : il suppose une distinction entre ce que l'homme est capable par nature et ce que l'état civil va lui enseigner [...]


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