dimanche 29 novembre 2009

Présentation du R.I.R.E.


La « Lettre aux éducateurs » que nous a adressée le Président de la République à la rentrée 2007 a été le déclencheur d’une réflexion entre collègues, enseignants et amis éducateurs sur les enjeux de ces nouvelles directives. Les changements de fond que ce texte implique engagent directement notre responsabilité présente et à venir. Sous couvert de liberté et d’épanouissement de l’enfant, c’est la dictature de l’idéologie mondialiste ultra-libérale que l’on impose et avec elle la perte programmée de l’individualité.

Souhaitant élargir au maximum notre cercle de réflexion, nous avons décidé de fonctionner par le biais d’Internet. Ainsi est né le R.I.R.E : Réseau Informel de Réflexion sur l’Education, ouvert à tous ceux qui se sentent concernés par l'éducation des enfants et des jeunes .

Nous ne représentons aucun parti politique ni courant religieux ou philosophique, seule l’expérience et le simple bon sens nourrissent notre réflexion.

L'objectif du R.I.R.E est de voir ensemble, dans une dynamique de responsabilisation et d’enrichissement mutuel, dans quel état d’esprit instruire et éduquer les jeunes pour qu’ils s’épanouissent et réalisent leur équilibre individuel, fondement de l’équilibre social. Si nous voulons respecter les besoins fondamentaux des jeunes générations qui nous sont confiées, il est urgent de prendre pleinement conscience du formatage idéologique actuel qui porte atteinte à l’intégrité de la conscience individuelle dans ce qu’elle a de plus intime et de plus sacré.

Afin de veiller au développement harmonieux de notre initiative, de 2008 à 2010, une dizaine de personnes se sont rendues disponibles pour constituer un comité de consultation chargé de synthétiser les échanges d'idées et les réflexions des participants.

Nous publions, dans la rubrique témoignages, les expériences qui favorisent l'autonomie et la responsabilisation des jeunes et des enfants.

jeudi 19 novembre 2009

L'homme, c'est quoi au juste ?

par le comité de consultation du R.I.R.E.

Des citoyens -dont les enseignants- qui luttent avec détermination et courage pour l’avènement d’un monde nouveau découvrent, au gré des réactions et des incompréhensions rencontrées, que le vrai problème se trouve en amont de tous les problèmes sociaux et politiques.

La crise économique et sociale s'inscrit dans un profond besoin de mutation des mentalités qui exige, dans un temps où l'on voit disparaître toutes les libertés individuelles, que l'on reconsidère la définition même de l'homme.

Les religions, philosophies et spiritualités qui pendant des siècles ont guidé, mais aussi conditionné l'esprit humain, tout comme d'ailleurs les idéologies matérialistes et collectivistes qui les ont supplantées, sont incapables de relever le défi majeur de l'époque : libérer l'homme de tous les autoritarismes qui l'empêchent de devenir autonome et responsable, construire un monde d'hommes libres, de citoyens éclairés au lieu de continuer à formater des masses inconscientes, désinformées, manipulables à loisir et qui réagissent aux mots d’ordre.

Le fond du problème est dans la conception que l'homme a de lui-même, car l'homme agit tel qu'il pense et il pense tel qu'il se pense.

Le darwinisme considère que l'homme n'est qu'un animal un peu plus évolué que les autres, tandis que le créationnisme millénaire affirme que l'homme est une créature de Dieu. Aujourd’hui, une croisade médiatique acharnée est menée tambour battant pour faire valoir la thèse de l’approche matérialiste évolutionniste de Darwin.

Le créationnisme et son simplisme perd du terrain face à l’évolutionnisme qui continue à conditionner les esprits, bien qu'il soit de plus en plus remis en question dans le monde scientifique même.

En nous définissant comme des animaux entièrement soumis au déterminisme de l'instinct, du milieu et des circonstances, l'approche matérialiste devient le fer de lance du libéralisme. Le principe de sélection naturelle darwiniste : « C'est le plus fort qui survit » transposé à la vie sociale, économique et politique, devient : « C'est le meilleur qui gagne ». Ainsi justifie-t-on l'idéal de compétitivité propre au libéralisme qui s'accompagne d'un mépris absolu envers les plus « faibles ».

Réduire le sens de l'existence à une lutte de pouvoir -où le fort écrase le faible- prive chacun d'entre nous de son droit fondamental de n'agir qu'en accord avec sa conscience profonde, libre de toute tyrannie religieuse, politique ou économique.

Sans la conscience de notre liberté originelle et intrinsèque, indissociable de l’ouverture au monde, nous perdons notre spécificité en tant qu’être humain, nous perdons notre dignité.

Ravalés au rang de bestiaux de batterie, nous devenons des esclaves dans les mains de ceux qui nous manipulent pour mieux servir leurs intérêts sur l'échiquier du totalitarisme mondialiste naissant.

Une approche lucide de la condition humaine mène à une compréhension plus réaliste, plus en accord avec la somme des expériences individuelles et collectives accumulées depuis des siècles.

Il est certain que la réalité ne se limite pas à ce qui est observable, au monde phénoménal tel qu'il est perçu par les cinq sens. Il existe une réalité plus large et imperceptible qui est le fondement du monde des apparences.

Par conséquent, pour que la réalité existentielle soit vécue en accord avec la réalité en soi, il est impératif que la conscience personnelle d'exister épouse son fondement impersonnel et unitaire, c’est-à-dire l'Inconscient universel. Ce qui fait de l'homme l'incarnation de l'Esprit universel dans une forme animale.

Une société humaine se bâtit sur des données réalistes, en dehors de toute manipulation cléricale et de tout obscurantisme pseudo-scientifique, et cela passe impérativement par le mariage des contraires : le conscient et l'Inconscient, le visible et l'invisible, le matériel et le spirituel, le diversifié et l'unitaire, l'individuel et le collectif. C’est la seule façon d'aboutir à une vision globale et réaliste de la condition humaine.

C'est une erreur fondamentale que de dissocier la vie intime de l'individu de l'éthique et du sens politique, en s'accrochant à l'illusion que ce sont des groupes déjà constitués tels les églises, les sectes, les syndicats, les partis politiques... (c’est-à-dire tous ceux qui ont mené le monde là où il en est) qui peuvent changer le cours des choses.

C'est dans l'individu que tout se fait puisque c'est dans la conscience individuelle que s'établit le lien entre le conscient personnel et l'Inconscient universel, lien qui fait de nous des co-créateurs dans l'univers.

Il est clair que de telles évidences ne peuvent convenir à la pensée dominante dont l’objectif flagrant est de permettre à une prétendue élite, une élite autoproclamée, d'asseoir son hégémonie en faisant de nous des esclaves économiques, obéissants, décérébrés et robotisés.
sur la remise en question scientifique du darwinisme lire :

Ces enfants et ces jeunes gavés de «globish»

par Marc Favre d'Echallens

Pour Marc Favre d’Échallens, la déferlante de l'anglais d'aéroport, le globish,dans la publicité et la communication signe un échec culturel dû à une démission des élites. Oublier sa langue, n'est-ce pas s'oublier soi-même ?

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Enseignants obéissants

par Jean Le Gal

« les enseignants ont un devoir : obéir aux directives » Guaino, conseiller à l'Elysée

Les forces dominantes de l'Etat ont besoin d'instituteurs obéissants pour façonner les hommes et les femmes dont elles ont besoin pour servir leurs intérêts.

Un petit rappel historique pour ne pas oublier que la liberté est le fruit d'une lutte permanente et un hommage aux désobéisseurs d'aujourd'hui.

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1882

L’école laïque est l’arme du régime républicain contre ses adversaires mais elle est aussi perçue dans le prolétariat comme un moyen d’empêcher le développement des idées révolutionnaires, en inculquant aux enfants les valeurs de la classe bourgeoise dominante. Ainsi en juge L’Assiette au beurre, journal anarchiste, en 1909 : «L’Etat se doutait bien que le meilleur «four à citoyens dociles» serait encore l’école primaire[...]. L’instituteur, avant tout, doit donc être un plat valet du gouvernement. Peu importent ses idées propres, on le paye, il doit obéir. »(« Le maître d’école, caporal de la troisième République » in L’Assiette au beurre, décembre 1909.)

L’instruction civique et l’histoire de France doivent fortifier l’image de la République et inculquer la nationalisme, le patriotisme et l’idée de la revanche. Des «bataillons scolaires» organisés dans les écoles permettent une formation prémilitaire des enfants de 10 à 12 ans. Contre cette conception du rôle de l’école, les instituteurs progressistes et révolutionnaires ne pouvaient que s’insurger. A partir de 1889, l’Etat prend en charge le traitement des instituteurs qui se trouvent de ce fait beaucoup plus indépendants et à même de critiquer les pouvoirs en place ; cela ne manque pas d’inquiéter. Déjà, le 20 septembre 1887, Spuller, Ministre de l’Instruction publique et du culte, les avaient rappelés à l’obéissance : « L’autonomie du fonctionnaire a un autre nom, elle s’appelle l’anarchie [...].
Permettra-t-on aux instituteurs publics laïcs de se donner des chefs en dehors de leurs chefs naturels, des statuts en dehors de ceux de l’université, de prendre des engagements autres que ceux que l’état reconnaît ? »

Les instituteurs pouvaient, en s’organisant, représenter une force de résistance. Dès 1887, encouragés en cela par Jules ferry, ils avaient créé des amicales, mais elles étaient étroitement surveillées. Il faudra attendre 1903 pour voir naître, au congrès amicaliste de Marseille, une Fédération des amicales. A la suite de ce congrès se crée à Paris une association d’instituteurs adjoints qui prend un nom significatif : L’émancipation.
Elle réclame « pour tous les instituteurs et toutes les institutrices de France non directeurs et non directrices, l’autonomie complète de leur classe, de leur enseignement et leur pleine indépendance matérielle et morale. »

Dans le prolongement, se crée la Fédération nationale des instituteurs et institutrices de France. La rapprochement avec le mouvement ouvrier et l’idée de créer un syndicat inquiètent le pouvoir. La répression s’accroît, mais le syndicalisme révolutionnaire est né. En 1910, L’Ecole émancipée, revue de la Fédération de l’enseignement est fondée. Elle donne une place importante à une pédagogie remettant en cause les dogmes officiels et elle ouvre ses colonnes aux partisans de l’Education nouvelle. L’Ecole émancipée va jouer un rôle important dans la diffusion des idées révolutionnaires et des pratiques novatrices de Freinet ; il y publiera entre mai 1920 et juin 1921, une douzaine d’ articles.

Extrait de Jean Le Gal, « Célestin Freinet, la construction d’une pédagogie populaire et d’un mouvement d’éducateurs engagés, TELEMAQUE, Education et philosophie, 7-8, octobre 1996