lundi 4 août 2008

Sur la démocratie directe...

Question 1 :

Au sein d'un collectif anti libéral, j'ai milité pour une candidature unique aux présidentielles. Je continue à envoyer des messages aux partis, associations et autres mouvements concernés par le rassemblement de la Gauche.

Cela dit, je suis réaliste et je mesure le chemin qu'il reste à parcourir pour dépasser "la défense du clocher" au niveau des partis et pour "mettre l'ego" à sa juste place mais surtout pas avant l'intérêt collectif.

S'il est vrai que des politiciens manipulent, le parti en tant que tel s'est constitué pour rassembler et faire une force capable de prendre le pouvoir. Si les partis aujourd'hui manipulent "les masses", c'est aussi parce que les masses permettent cette manipulation.

Ceci m'amène à votre proposition de "démocratie directe". Je suis, par principe, favorable à toute évolution de la démocratie. Que faut il entendre par "démocratie directe" ? J'entends, entre autre, chacun(e) participe au choix et à la décision. Mais comment se fait le collectage des ces choix et décisions ? Comment cela est-il mis en oeuvre ? Du local au national et au mondial, quelle cohérence, quelle solidarité, quelle égalité, etc ??

Aujourd'hui, sommes nous en situation de vivre cela ?? Je dis non. Trop de gens sont encore dans la démarche délégataire. Trop peu de gens contrôlent leurs élus. Trop de gens sont encore incapables de prendre la parole. Dans ce contexte, quelle réalité aurait la démocratie directe ?? La masse suivrait ce que certains auront dit. Même dans le cas où le projet politique correspondrait aux attentes du Peuple, est-ce que la façon de le mettre en oeuvre correspondrait à la majorité ?? Il y aurait alors "entorse" à la démocratie directe. Je pense que l'étape de "démocratie participative" qui serait également imparfaite mais mieux organisée et plus facile à mettre en application, permettrait aux gens de s'habituer à la prise de parole et pourrait s'engager en fonction de l'efficacité de cette pratique.

Cordialement.
JL


Réponse du comité de consultation :

Bonjour,

Nous vous remercions pour vos questions qui témoignent d’un intérêt sincère pour la démocratie. Nous apprécions votre foi en l’homme, car vous ne considérez pas seulement le peuple comme du bétail à canaliser. En guise de réponse, nous vous soumettons quelques réflexions qui sous-tendent notre choix pour la DEMOCRATIE DIRECTE.

Tout d’abord, nous ne croyons pas aux solutions intermédiaires. Le suffrage universel n’est en rien une preuve de démocratie ! Déléguer son pouvoir en choisissant ses maîtres n’est pas exercer son rôle de citoyen. Les partis politiques de même que les rassemblements hors parti luttent pour des intérêts partisans puisqu’ils ne sont pas représentatifs du peuple dans son ensemble.…

La démocratie directe demande que le citoyen soit la pierre angulaire de tout projet de société. Elle a son fondement dans la prise en compte du point de vue de chaque citoyen sur un problème donné. En ce sens, elle doit se construire sur le dialogue, ouvert à tous, par lequel on recueille l’expression de chacun, sans distinction.

C’est une grossière illusion de croire que les gens ne sont pas prêts à s’exprimer, à participer à la démocratie directe ; à moins que ce ne soit une tentative de reporter indéfiniment le débat démocratique ou de l’occulter. Tout homme a une conscience et peut très bien exprimer ce qu’elle lui dicte, à condition qu’on lui en laisse la liberté. Il ne va pas le faire, ou s’en abstient à juste titre, lorsqu’il se sent muselé, écarté, manipulé, méprisé ou menacé. Lorsqu’on parle à sa place en prétendant savoir ce qu’il lui faut, que voulons-nous qu’il dise encore ? Lorsqu’on lui impose des choix sans lui avoir demandé son avis, il ne peut que se soumettre ou se révolter.

Dans la démocratie directe, chacun dit ce qu’il pense et le choix se porte librement sur la proposition qui réunit la majorité. Est-ce si difficile d’organiser des débats publics (à quelque niveau que ce soit) pour dégager les propositions exprimées à la majorité par les citoyens?

Bien évidemment, tout ceci exige un profond changement de mentalité. Il faut que nous mettions de côté notre ego avec tout ce que l’on croit savoir, afin d’écouter l’autre de manière saine et sans interprétation. Cela nous renvoie à la nécessité d’une éducation appropriée, respectueuse de la liberté de conscience individuelle. Une éducation qui doit faire de chacun de nous des individus autonomes et responsables, porteurs de leur propre référence spirituelle qu’est la conscience profonde, la seule qui assure à la fois à l’individu une totale liberté et un respect absolu pour l’ensemble.

L’augmentation des connaissances, seule, n’apporte pas la sagesse aux hommes ; au contraire, plus on donne de moyens à l’intelligence spéculative, plus féroce deviennent la compétition et les luttes pour l’hégémonie mondiale. Le sens des responsabilités, le discernement et la lucidité nécessaires dans une gestion partagée de la vie sociale et politique sous-entend que l’on soit éduqué dans ce sens et non pour servir de pion dans un système dirigé d’en haut.

Ainsi peut s’instaurer une gestion équilibrée de la société qui ne repose plus sur un rapport de pouvoir entre les prétendues élites et les masses qu’elles prétendent gouverner, mais sur l’ensemble des individus libres et responsables que forme le peuple. Le peuple n’est pas à confondre avec la « la masse » -nommée âme animale par Jung- gérée actuellement par des collectivismes appelés partis politiques. Collectivismes qui tout au plus permettent de passer de l’égocentrisme primaire à l’égoïsme collectif, mais sûrement pas à une humanité unifiée où les multiples expressions de l’ensemble des citoyens sont accueillies non pas comme une source potentielle d’opposition mais d’enrichissement et de complémentarité.

Il est sans doute trop tôt pour se pencher sur les détails de la mise en œuvre d’une démocratie directe où les gouvernants ne seraient que les exécutants de la volonté populaire recueillie par référendum sur tous les choix de société importants. La question préalable est de savoir si oui ou non nous voulons de la démocratie directe.

Si oui, la mise en application demande de la RADICALITE dans nos engagements et notre résistance au système qui nous vole notre souveraineté. Avons-nous encore le choix ? Est-ce le goût du pouvoir qui nous motive ou celui de la sagesse ? Et si nous vivions enfin à la hauteur de nos convictions ?!

Merci pour l’attention que vous aurez bien voulu porter à notre réflexion. Nous restons à votre disposition pour poursuivre l’échange.